Yohann Gigord : « Le Crossfit m’a mis une grande claque »

Vous rêvez de rencontrer le prototype de l’athlète complet ?

Deux choix s’offrent à vous : vous payer un billet d’avion direction la Nouvelle-Zélande et la province du Waikato où vous pourrez admirer Sonny Bill Williams s’infiltrer avec classe et puissance dans les hermétiques défenses du Super 15, ou aller faire un tour du côté de la box KultureFit – CrossFit Toulouse… Vous y trouverez certainement un garçon dénommé Yohann arracher une barre de 90kg après avoir effectué une dizaine de « Double Unders », ou exécuter un parfait « Turkish Get Up » avec une demoiselle à bout de bras… tout un programme !

Votre choix sera certainement motivé par votre budget, mais si vous êtes fan de performance athlétique, vous ne serez pas déçu par les deux propositions ci-dessus.

Yohann fut mon coéquipier en équipe de France Universitaire de rugby à XIII lors de la Coupe d’Europe  2007 en Angleterre et lors de la Coupe du Monde 2008 en Australie, où une malheureuse fracture de la mâchoire lors du premier match contre la Nouvelle-Zélande le priva du reste de la compétition. Garçon plutôt discret, il faisait l’admiration du groupe par son sérieux et sa rigueur inébranlables.

Sa récente qualification pour les Regionals Europe de Crossfit, m’a poussé à en savoir plus sur sa nouvelle passion… Attention machine !!!

Fred : Bonjour Yohann, peux-tu te présenter en quelques lignes : Qui es-tu ? Ton parcours sportif ? Professionnel ? Tes hobbies ?

Yohann : J’ai 23 ans, je joue au rugby à XIII depuis une quinzaine d’années et je suis préparateur physique.

J’ai commencé le rugby à XIII dans différents clubs de la région toulousaine avant de rejoindre le Toulouse Olympique XIII en cadets et jusqu’à aujourd’hui (en passant par Saint-Gaudens en Elite 1 pendant deux saisons dans le cadre de l’entente avec le TO XIII). J’ai également joué avec les sélections nationales en cadets, juniors et universitaires.

En ce qui concerne mon parcours professionnel, j’ai obtenu en 2011 un Master 2 Préparation à la Performance, Entrainement et Prévention (PPEP), à l’Université Paul Sabatier de Toulouse. J’ai également un BEES 2ème degré en rugby à XIII, le « Level 1 Trainer » en Crossfit, un diplôme d’initiateur en haltérophilie et un de descente de canyon (pas de rapport avec mon activité professionnelle pour ce diplôme !).

En parallèle de mes études j’ai d’abord entrainé l’équipe féminine de Toulouse Ovalie avec un titre de Championnes de France à la clé, ainsi que l’équipe cadets du TO XIII. J’ai ensuite effectué un stage au Pôle France de rugby à XIII lors de ma dernière année d’étude. Aujourd’hui je travaille toujours dans ce Pôle France ainsi qu’à KultureFit-Crossfit Toulouse, une salle de Crossfit et de préparation physique qui a ouvert en janvier dernier.

Je suis un passionné de préparation physique et c’est dans cette optique que je me suis mis à pratiquer également l’haltérophilie (niveau interrégional) et le Crossfit (niveau européen). Sinon depuis janvier je suis l’alimentation paléo sous les conseils de Keegan Smith, préparateur physique des Dragons Catalans, avec d’excellents résultats.

F : A ce sujet, peux-tu nous raconter ta récente expérience aux « Regionals Europe » de Crossfit au Danemark ?

Y : C’était une expérience extraordinaire, une organisation de malade, une ambiance de fou, des épreuves énormes et un super état d’esprit de l’ensemble de la communauté Crossfit européenne présente à Copenhague. En bref, une des expériences sportives les plus intenses et les plus enrichissantes de toute ma vie. Ce qui m’a le plus marqué c’est le fait que dans ce sport on se batte surtout contre soi-même pour dépasser ses limites et non contre ses adversaires, il existe une réelle fraternité entre les compétiteurs que je n’avais jamais vu auparavant dans aucun des sports que j’ai pratiqué.
En terme de performance, je suis plutôt satisfait de moi pour cette première expérience où je partais un peu dans l’inconnu. J’ai battu mes records sur trois des cinq épreuves auxquelles j’ai participé, je suis passé tout près d’une belle performance dans la cinquième épreuve (échec à 215 pounds à l’arraché, soit 97.7 kg) qui aurait pu me classer dans le top 10 de l’épreuve) ; et sans une grosse défaillance lors de l’Event 4, j’aurais sans doute pu jouer une place dans les 18 premiers pour participer à la dernière épreuve. Au final, je me classe 25ème européen et j’ai emmagasiné pas mal d’expérience et de motivation pour essayer de revenir plus fort l’année prochaine.

En tant que spectateur j’ai également assisté à une super compétition avec des performances impressionnantes, des revirements de situation, bref un bel évènement sportif.

F : Comment as-tu découvert cette nouvelle discipline ? Qu’est-ce qui t’a attiré ?

Y : Par hasard, en surfant sur internet si je me souviens bien, j’ai eu du mal à comprendre le principe au début. Puis j’ai testé ce style d’entrainement et j’ai pris une grande claque dans la gueule ! J’ai assez rapidement pris goût aux sensations que procurent le Crossfit, même si dans un premier temps j’ai surtout utilisé ce type de travail comme forme de « conditioning » pour le rugby, en excluant pas mal de mouvements techniques qui avaient peu d’intérêt pour cet objectif. En septembre dernier je me suis fixé comme objectif de me préparer pour tenter de me qualifier pour les Regionals, j’ai donc changé mon approche de l’entrainement en me préparant pour le sport « Crossfit » plutôt qu’en utilisant la méthode de préparation physique générale qui sont deux choses complétement différentes.
Ce qui m’a attiré dans ce sport c’est déjà qu’il correspondait bien à mes qualités physiques ; c’est à dire une certaine polyvalence et un équilibre entre force et endurance. C’est surtout l’aspect fun et ludique qui est assez addictif, ainsi que le fait d’innover pour créer sans cesse de nouvelles formes d’entrainement. S’entraîner pour ce sport demande de l’humilité car avec la palette de mouvements qu’il faut maîtriser, il y a en a forcément un certain nombre où l’on est vraiment mauvais, et c’est sur ceux là que l’on doit se focaliser en priorité.

F : Quel est ton rythme d’entrainement ? Ne fais-tu que du Crossfit ? Peut-être quelques perfs de référence pour nos lecteurs ?

Y : A la question « Ne fais-tu que du Crossfit ? », il est difficile de répondre. En effet, on associe souvent exclusivement le Crossfit aux circuits exécutés à haute intensité alors qu’une séance d’haltérophilie ou de force est, selon moi, aussi du Crossfit. Si l’on s’en tient à cette définition alors oui, je ne fais que du Crossfit, je n’utilise que des mouvements poly-articulaires, pas de machines, le seul travail d’isolation que je fais porte sur l’arrière des épaules et les rotateurs externes à visée de prévention des blessures. Cela va bientôt faire un an que je n’ai pas fait de triceps pushdown (ndlr : extensions de bras à la poulie haute), de biceps curls, de leg curls ou encore de leg extensions… et ça va je vais bien, je ne suis pas encore mort !

Après, bien sûr que je ne m’entraîne pas exclusivement sous forme de circuits cardio. Au contraire, de septembre à décembre j’ai surtout axé mon entraînement sur la force en haltérophilie et en powerlifting, j’ai travaillé la technique des mouvements dérivés de la gymnastique, et j’ai réduit le volume de cardio-training. De janvier à février j’ai augmenté le cardio pour me préparer pour les Opens (phase qualificative pour les Regionals) en essayant de continuer à progresser en force. Après les Opens, j’ai remis le focus sur la force et mes points faibles pendant deux semaines jusqu’à l’annonce des épreuves des Regionals. Une fois les épreuves connues, j’ai essentiellement focalisé mon entraînement sur celles-ci : « Hand stand push ups », « Hang clean » à 225 pounds (102kg), Arraché un bras à 100 pounds (45kg)… Depuis le retour des Regionals, je m’entraîne pour la finale française en me focalisant surtout sur le cardio car je pense que les épreuves seront beaucoup moins lourdes qu’au Danemark.

En terme de rythme d’entrainement, je fais deux à trois séances par jour pour un volume cumulé sur la journée ne dépassant pas les 2h30-3h, trois jours d’affilée, un jour de repos et rebelote.

Mes perfs de référence :

– 100 kg à l’arraché, il y a un mois environ en compétition d’haltérophilie

– 125 kg en épaulé debout, record battu dernièrement

– Mon record en épaulé jeté (moins récent) est de 130kg

– 140kg en front squat

– 160kg en back squat

Ndlr : les connaisseurs apprécieront !

F : Utilises-tu cette méthode dans l’entrainement des jeunes rugbymen du Pôle France ?

Y : En début de saison principalement lors de la phase de PPG (ndlr : Préparation Physique Générale), avec les retours de blessure ou sous forme « d’extra », en excluant tous les mouvements techniques ainsi que les mouvements d’haltérophilie en série longue. J’ai surtout constaté d’énormes bénéfices au niveau mental chez les joueurs, ils ont gagné en confiance ainsi qu’en capacité à se dépasser.

Après, le Crossfit est un programme de préparation physique générale qui peut être utilisé, s’il est bien aménagé, pour se préparer à d’autres sports, mais il n’est en aucun cas une fin en soi, en particulier dans le cadre du très haut niveau. C’est un outil de plus dans la palette du préparateur physique qu’il faut savoir utiliser à bon escient, sans le mettre sur un piédestal – non le Crossfit ne guérit pas du cancer ! – mais sans non plus le diaboliser comme c’est souvent le cas (en se basant sur un ou deux exemples foireux).

F : Des projets ?

Y : Au niveau sportif la finale France Crossfit le 16 juin à Paris, et les Regionals Europe de l’année prochaine.

FM Strength remercie Yohann pour sa contribution au blog et lui souhaite bonne chance pour les futures échéances.

Fred Marcérou – 11/06/2012.

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