Membres inférieurs et déséquilibres musculaires

Suite au succès de son premier article les interférences entre les entraînements, Maxence Rivière revient sur FM Strength pour nous parler des déséquilibres de force inter-segmentaires des membres inférieurs. Comment les identifier ? Les résoudre ? Quels problèmes peuvent-ils causer ? Maxence se propose de répondre à ces interrogations.

Les Déséquilibres Unilatéraux Des Membres Inférieurs

par Maxence Rivière

Dans les sports collectifs, la vitesse est un paramètre vecteur de performance. Une équipe plus rapide peut faire la différence dans une rencontre. Plusieurs méthodes d’entrainement sont utilisées pour développer la vitesse des athlètes, notamment l’utilisation d’exercices de puissance.

Les sauts font partie de la panoplie des exercices de puissance des membres inférieurs. Les performances sur les sauts verticaux comme le Counter Movement Jump (CMJ) par exemple, sont fortement corrélées aux performances de vitesse (Robbins & Young, 2012). Ces exercices deviennent donc des incontournables dans le développement de la puissance et de la vitesse.

Le CMJ est un saut avec un contre mouvement induisant une contraction plyométrique des membres inférieurs ainsi qu’une mobilisation des muscles du bas du dos. Il peut s’effectuer avec ou sans l’aide des bras. Durant les prises de performance de ce mouvement, il est intéressant de l’effectuer sans les bras (mains sur les hanches), avec l’aide des bras, et sur une jambe (des deux côtés). Outre la puissance des membres inférieurs et la détente verticale, ces différents tests nous permettent :

  • D’évaluer la coordination inter-segmentaire entre les segments inférieurs et supérieurs. En effet si la performance du CMJ avec les bras libres n’est pas supérieure de 10% à la performance du CMJ sans l’aide des bras, on peut supposer des lacunes au niveau de cette coordination
  • De quantifier les déséquilibres unilatéraux entre les membres inférieurs
  • D’identifier la jambe « forte » (meilleure performance sur les deux jambes)
  • D’évaluer la capacité d’une jambe à soulever le corps entier
Fred Marcérou CMJ
30.4 inches (77cm) en CMJ

Les déséquilibres uniltéraux

Les déséquilibres unilatéraux sont présents dans la majorité de la population. Sur le plan anatomique, 90% de la population a le côté de gauche plus court que le droit au niveau du bas du dos : 0,5 cm d’après Kruston en 2005 ou 1,1 cm d’après Blustein et D’Amico en 1985. Les sources de ces déséquilibres sont souvent d’origine anatomique mais aussi anthropométrique avec des différences de force, de flexibilité ou encore de contrôle neural. Cependant, pour une différence inférieure à 2 cm, il n’y a pas de signification clinique (Kruston, 2005). Ces déséquilibres vont créer des différences de force au niveau des membres inférieurs, celles-ci pouvant être décelées lors des mesures de performance dans des exercices comme le CMJ unilatéral (à une jambe).

Ces différences latérales au niveau des muscles du bas du dos peuvent avoir un impact sur l’évolution, les performances et l’intégrité de nos athlètes.

Tout d’abord, les asymétries peuvent être néfastes à la performance de nos athlètes (Chaiwanichsiri et al, 2005). En effet, une différence de force trop grande entre les deux côtés va engendrer une baisse de performance dans la plupart des mouvements sportifs et notamment dans la course à haute vitesse. Ensuite, ces différences peuvent mettre à mal l’intégrité des sportifs si le déséquilibre s’avère trop grand (Rahnama et Lees en 2005 ; Noyes et al en 1991). Ces propos nous accordent à dire qu’il devient important de réduire ces déséquilibres dans le but d’optimiser l’entrainement et de protéger les athlètes.

Mais à partir de quel pourcentage, la différence de force entre les deux membres devient-elle néfaste ?

Sur cette question au centre de tous les intérêts, la littérature scientifique nous permet de dire qu’une différence de 10 à 15% entre les deux jambes devient problématique. Outre la baisse de performance (ou la réduction des progrès), le problème principal est l’augmentation du risque de blessure des membres inférieurs, les plus récurrentes étant les suivantes :

  • Entorse de cheville (Baichner et al, 1995)
  • Déchirure des ischio-jambiers (Croisier et al, 2002)
  • Syndrome de la bandelette de Maissiat (IBS) (Fredericson et al, 2000)
  • Déchirure des adducteurs (Tyler et al, 2001)
  • Blessures diverses aux genoux (Grace et al, 1984)
  • Blessures diverses du bas du dos (Knapick et al, 1991)

La nature de ces blessures peut donc toucher l’ensemble des structures musculaires des membres inférieurs. De plus, on remarque que le degré d’asymétrie est un indicateur du risque de blessure : plus la différence entre les deux jambes est grande, plus le risque de blessure est important.

Identifier les déséquilibres

Il devient donc primordial pour tous les entraîneurs et tous les préparateurs physiques de déceler chez leurs athlètes la présence ou non de déséquilibres unilatéraux critiques. Dans cette optique, il existe plusieurs tests permettant d’identifier ces déséquilibres :

  • Sauts unipodaux

Tous les sauts effectués à une jambe vont, après mesure de la performance (hauteur, longueur, production de force), nous aider à nous rendre compte des différences dès lors qu’ils sont effectués des deux côtés (CMJ une jambe, latéral jump, triple jump test).

  • Tests isocinétiques

Les appareils de mesure de force isocinétique vont nous permettre de mesurer les forces développées unilatéralement par les membres inférieurs dans les différents types de contractions (concentrique, excentrique, isométrique), sur différentes vitesses et sur différentes durées d’effort.

  • Mouvements de poussée des membres inférieurs avec charge additionnelle

Lors de l’exécution d’un back squat ou d’un front squat, il est aisé d’identifier un déséquilibre de force en observant l’orientation de la poussée (la barre se retrouve souvent en avant du plan frontal du côté le plus fort), ou le placement (pieds disposés asymétriquement, rotation au niveau du bas du dos, déviation du bassin vers le côté le plus fort). Ces déséquilibres deviennent encore plus dangereux quand on travaille avec des charges additionnelles sur les épaules.

Exercices correctifs

Dans le but de limiter les risques de blessure et d’augmenter la performance sportive (Manning et Pickup, 1998), il faut s’efforcer de corriger ces asymétries. Plusieurs méthodes de travail vont nous permettre de diminuer voire rétablir l’équilibre de force des membres inférieurs :

  • L’entrainement fonctionnel (voir définition ici)

Il permet de diminuer ces déséquilibres car il utilise de façon globale les structures musculaires (synergies) nécessaires pour effectuer les mouvements (Souissi et al, 2011).

  • Le travail asymétrique

Effectué en répétition de tâche, il va permettre de diminuer les asymétries en rétablissant l’équilibre et le contrôle neural (Myaguchi et Demura, 2010). Ces auteurs nous montrent que dans les sports où l’on utilise plus un côté que l’autre, on augmente les asymétries du bas du dos. Il devient donc important de pratiquer des exercices asymétriques des deux côtés pour rétablir l’équilibre de nos structures. Ces logiques sont renforcées par le fait qu’un rééquilibrage entraîne un travail plus qualitatif et des progrès amenant à l’augmentation de la performance sportive de 20% (Yoshioka, Nagano, Hay et Fukashiro, 2010).

  • Le renforcement des muscles du bas du dos (région lombaire)

Les exercices centrés sur le renforcement des muscles du bas du dos vont aider à palier les déséquilibres, surtout s’ils sont effectués de manière unilatérale ou à l’aide de méthodes comme le core training. Ces exercices peuvent devenir un point de référence pour les blessures mais aussi pendant la période de réhabilitation.

En guise de conclusion, il est possible d’affirmer que la prévention des blessures et le développement de la vitesse passent par un travail de rééquilibrage des membres inférieurs et du bas du dos, car l’intégrité et la performance de ces structures sont un axe incontournable des progrès de nos athlètes.

Maxence Rivière pour FM Strength – 18/03/2013

Bibliographie

MARCHETTI & UCHIDA, 2009 – Influence of unilateral fatigue of lower limbs on the bilateral vertical jump ; Locomotor apparatus in exercise and sports.

SOUISSI & AL, 2011 – Improving functional performance and muscle power 4 to 6 months after ACL reconstruction ; J sport science and Medicine.

OVERMAYER, 2012 – Relationships between asymmetries in Functionnal Movement and the star excursion balance test ; Colorado state University.

ROBBINS & YOUNG, 2012 – Positional relationships between various sprint and jump abilities in elite American football players ; J strength Cond Res.

MORGAN J.- Modern principles of core training. 2010

En savoir plus sur l’auteur :

Maxence est un préparateur physique diplômé de l’UFR STAPS de Toulouse (Master Entraînement Sportif) et de la Fédération Française de Rugby à XIII (B.E.E.S.). Il est actuellement préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII à Toulouse (CREPS Lespinet) et de l’équipe du R.C. Lescure-Arthès (Elite 1 de Rugby à XIII), après avoir travaillé pour le centre de formation du Toulouse Olympique XIII et effectué son stage de fin d’études chez les Dragons Catalans (Super League) sous la houlette de Trent Robinson et Keegan Smith.

Max

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