RPE, Monotony, Contrainte & Wellness : impact sur l’optimisation de la charge d’entraînement

Nouvel article de mon invité favori Maxence Rivière, préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII ainsi que de l’équipe de France U18. Il aborde l’un de ses thèmes favoris, à savoir la quantification de la charge d’entraînement et le monitoring de l’état de fatigue. Cet article vient en parfait complément de celui de Benjamin Del Moral mis en lumière sur ce blog il y a quelques temps.

RPE, Monotony, Contrainte & Wellness : impact sur la quantification de la charge d’entraînement

par Maxence Rivière

Formation du joueur

En tant que préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII depuis 2 ans, je remarque que l’on entraine beaucoup les joueurs. Ils encaissent de gros volumes avec des semaines allant de 350 à 600 minutes d’entrainement (musculation et terrain). Ces joueurs sont en formation, on doit donc essayer de développer leur potentiel physique et rugbystique afin qu’ils sortent de la structure en signant un contrat professionnel. De fait, la quantité de travail peut se justifier car la période de formation est assez courte (entre 2 et 4 ans). Il faut aussi noter que ces joueurs sont ultra sollicités par leur club car ils sont souvent les plus performants…

Ce constat m’a donc amené à me questionner sur les charges de travail tout en essayant de travailler sur tous les domaines de la performance, autant au niveau physique (force, puissance et vitesse) qu’au niveau rugbystique (technique, tactique et stratégique), tout cela dans le but d’atteindre le plus haut niveau possible d’optimisation de la performance de nos joueurs.

Gestion de la charge, gestion de la fatigue, optimisation des performances et des programmes d’entrainement

Afin de mieux contrôler les charges d’entrainement, il faut trouver un moyen de les quantifier, de les qualifier et de les comparer avec les performances ou encore la fatigue. Le but étant de gérer ces charges afin d’avoir un contrôle le plus complet possible sur la fatigue périphérique et centrale accumulée lors les séances d’entrainement (souvent 3 fois par jour). On sait que l’entrainement provoque de la fatigue mais aussi que l’entrainement est indispensable à la performance. La fatigue est donc indissociable – voire indispensable – du contexte de haut niveau.

Il faut donc garder comme objectif de maintenir un niveau de performance liée à la forme physique. Tout ceci en suivant la logique :

Performance = Fitness – Fatigue

Pour calculer et quantifier les charges de travail de nos séances, nous utilisons le système RPE (Rate of Perceived Exertion) qui consiste à donner un indice de difficulté à la séance et de multiplier cet indice par le temps qu’a duré la séance. Le produit de ce calcul sera témoin de la difficulté de la séance. Avec cela, on peut donc gérer les charges de travail d’une journée, d’une semaine ou encore d’un cycle d’entrainement.

RPE ressenti, prévu et réalisé

Echelle RPE (Foster et al., 2001) :

Echelle RPE (Foster et al., 2001)

Le RPE est normalement l’indice de difficulté récolté auprès des joueurs en fin de séance (RPE ressenti).

Afin d’avoir plus de précision au niveau de la charge, nous ne prenons en compte que le temps d’exercice effectif et nous programmons à l’avance les indices de difficulté de chaque exercice (RPE prévu).

A la fin de chaque séance, nous réévaluons les indices de difficulté de chaque exercice, il arrive en effet que l’exercice nous ait semblé plus facile ou plus dur que ce que nous avions prévu (RPE réalisé).

Cette anticipation nous permet donc de comparer la difficulté prévue, la difficulté réelle et la difficulté ressentie dans le but d’avoir un moyen supplémentaire de contrôle de la fatigue. Avec la différence entre le prévu et le réalisé, on peut ajuster les séances à venir afin de bien coller avec la planification. La différence entre le réalisé et le ressenti nous renseigne sur la façon dont les athlètes ont subi la séance. Avec l’expérience et l’accumulation des données, on peut dire que plus le décalage est grand en faveur du ressenti, plus les joueurs se sentent fatigués.

Monotony

En complément des calculs de charge, nous calculons aussi la monotony sur une période donnée d’entrainement ; chez nous, les joueurs s’entrainent du lundi au jeudi, soit 4 jours.

La monotony est le calcul des écarts types de la charge de chaque séance de la semaine par rapport à la moyenne des charges. Cette donnée est fortement corrélée au risque de blessure (Kreider, 1998); plus on sera dans des valeurs hautes de monotony, plus on augmentera le risque de blessure chez nos joueurs (au-delà d’une valeur critique d’environ 2,5). Il faut donc veiller à garder cette valeur dans des hauteurs raisonnables.

Contrainte (strain)

La contrainte, une autre donnée comprise dans la gestion de la charge, est le produit de la monotony et du total de la charge de la semaine. Cette donnée est fortement corrélée à la performance physique (Kreider, 1998) et donc, par extrapolation, à la performance sportive plus générale, plus les valeurs de contrainte seront hautes et plus la performance sportive risque d’être affectée.

Wellness (ou well-being)

Le wellness est un questionnaire que les joueurs remplissent tous les lundi afin de renseigner sur leur état de forme physique et mentale. Les réponses permettent au staff de savoir si le joueur se sent bien et s’il est dans les meilleures conditions pour s’entrainer. A partir de ces questionnaires, il arrive que l’on mette au repos des joueurs pour une séance, voire une journée. Ces données sont témoins de l’état de forme des joueurs et sont donc à mettre en relation avec les charges de travail.

Durée des séances

Le temps que passe un athlète à s’entrainer est un indicateur important. Evidemment plus la durée de séance sera haute et plus les charges vont grimper (RPE = indice de difficulté x temps de travail effectif). C’est donc un paramètre important à prendre en compte pour faire évoluer l’intensité des séances ou des cycles de travail. De plus, l’entrainement répétitif peut amener le joueur dans une certaine routine pouvant entrainer une certaine lassitude, il est donc intéressant de faire varier les temps de travail afin de garder une motivation totale de nos athlètes.

Impact sur l’organisation des journées, semaines et cycles

Par rapport au traitement de toutes ces données, on peut donc avoir une multitude d’informations sur la semaine ou le cycle de travail. D’un point de vue plus général on peut comparer ce qu’a encaissé le joueur et comment il l’a ressenti. Il nous sera donc possible de mieux organiser nos semaines ou cycles en termes de charge, répartition de charge, intensité requise pendant les séances ou encore contenus d’entrainement ; tout cela dans un but d’optimisation de la performance (qualité pendant les séances, performance en compétition).

Pour obtenir une semaine avec tous les paramètres optimisés, une intensité optimale et donc une performance maximale lors de nos séances, il faudra effectuer des séances assez courtes dans le but de contrôler la charge et de mieux les répartir dans la semaine (contrôle de la monotony). En d’autres termes, pour une même charge hebdomadaire, il vaut mieux faire plusieurs séances. Bien sûr, il faudra ajuster avec l’état de fraîcheur des joueurs sur le moment. Ces indices subjectifs vont de pair avec des indices plus objectifs comme la baisse de la vigilance, la baisse de la concentration ou l’augmentation du taux de cortisol qui entraînent une baisse de la performance. Des séances courtes auront pour effet de pouvoir demander plus de rythme et d’intensité à nos athlètes, la monotony restera raisonnable (baisse du risque de blessure) et donc la contrainte sera optimisée (augmentation de la performance physique).

Cas concret du Pôle France de Rugby à XIII

Avec ces méthodes de gestion nous sommes arrivés à contrôler le risque de blessure (seulement une blessure musculaire sur une saison), mettre du rythme dans les séances (et donc augmenter la qualité de l’entrainement), et garder la motivation des joueurs, car il ne faut pas oublier que la gestion de la fatigue doit être mise en relation avec la gestion psychologique des joueurs dans le but de conserver leur forme et d’augmenter leur performance.

Maxence Rivière pour FM Strength – avril 2014

En savoir plus sur l’auteur :

Maxence est un préparateur physique diplômé de l’UFR STAPS de Toulouse (Master Entraînement Sportif) et de la Fédération Française de Rugby à XIII (B.E.E.S.). Il est actuellement préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII à Toulouse (CREPS Lespinet), de l’équipe de France U18, et de l’équipe du R.C. Lescure-Arthès (Elite 2 de Rugby à XIII), après avoir travaillé pour le centre de formation du Toulouse Olympique XIII et effectué son stage de fin d’études chez les Dragons Catalans (Super League) sous la houlette de Trent Robinson et Keegan Smith.

Max

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