Interview pour la Région Languedoc-Roussillon

Dans cette interview du mois de juillet 2014, j’explique les particularités de la discipline dans laquelle je travaille : le Rugby à XIII.

Fred Marcérou – 23/12/2014

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RPE, Monotony, Contrainte & Wellness : impact sur l’optimisation de la charge d’entraînement

Nouvel article de mon invité favori Maxence Rivière, préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII ainsi que de l’équipe de France U18. Il aborde l’un de ses thèmes favoris, à savoir la quantification de la charge d’entraînement et le monitoring de l’état de fatigue. Cet article vient en parfait complément de celui de Benjamin Del Moral mis en lumière sur ce blog il y a quelques temps.

RPE, Monotony, Contrainte & Wellness : impact sur la quantification de la charge d’entraînement

par Maxence Rivière

Formation du joueur

En tant que préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII depuis 2 ans, je remarque que l’on entraine beaucoup les joueurs. Ils encaissent de gros volumes avec des semaines allant de 350 à 600 minutes d’entrainement (musculation et terrain). Ces joueurs sont en formation, on doit donc essayer de développer leur potentiel physique et rugbystique afin qu’ils sortent de la structure en signant un contrat professionnel. De fait, la quantité de travail peut se justifier car la période de formation est assez courte (entre 2 et 4 ans). Il faut aussi noter que ces joueurs sont ultra sollicités par leur club car ils sont souvent les plus performants…

Ce constat m’a donc amené à me questionner sur les charges de travail tout en essayant de travailler sur tous les domaines de la performance, autant au niveau physique (force, puissance et vitesse) qu’au niveau rugbystique (technique, tactique et stratégique), tout cela dans le but d’atteindre le plus haut niveau possible d’optimisation de la performance de nos joueurs.

Gestion de la charge, gestion de la fatigue, optimisation des performances et des programmes d’entrainement

Afin de mieux contrôler les charges d’entrainement, il faut trouver un moyen de les quantifier, de les qualifier et de les comparer avec les performances ou encore la fatigue. Le but étant de gérer ces charges afin d’avoir un contrôle le plus complet possible sur la fatigue périphérique et centrale accumulée lors les séances d’entrainement (souvent 3 fois par jour). On sait que l’entrainement provoque de la fatigue mais aussi que l’entrainement est indispensable à la performance. La fatigue est donc indissociable – voire indispensable – du contexte de haut niveau.

Il faut donc garder comme objectif de maintenir un niveau de performance liée à la forme physique. Tout ceci en suivant la logique :

Performance = Fitness – Fatigue

Pour calculer et quantifier les charges de travail de nos séances, nous utilisons le système RPE (Rate of Perceived Exertion) qui consiste à donner un indice de difficulté à la séance et de multiplier cet indice par le temps qu’a duré la séance. Le produit de ce calcul sera témoin de la difficulté de la séance. Avec cela, on peut donc gérer les charges de travail d’une journée, d’une semaine ou encore d’un cycle d’entrainement.

RPE ressenti, prévu et réalisé

Echelle RPE (Foster et al., 2001) :

Echelle RPE (Foster et al., 2001)

Le RPE est normalement l’indice de difficulté récolté auprès des joueurs en fin de séance (RPE ressenti).

Afin d’avoir plus de précision au niveau de la charge, nous ne prenons en compte que le temps d’exercice effectif et nous programmons à l’avance les indices de difficulté de chaque exercice (RPE prévu).

A la fin de chaque séance, nous réévaluons les indices de difficulté de chaque exercice, il arrive en effet que l’exercice nous ait semblé plus facile ou plus dur que ce que nous avions prévu (RPE réalisé).

Cette anticipation nous permet donc de comparer la difficulté prévue, la difficulté réelle et la difficulté ressentie dans le but d’avoir un moyen supplémentaire de contrôle de la fatigue. Avec la différence entre le prévu et le réalisé, on peut ajuster les séances à venir afin de bien coller avec la planification. La différence entre le réalisé et le ressenti nous renseigne sur la façon dont les athlètes ont subi la séance. Avec l’expérience et l’accumulation des données, on peut dire que plus le décalage est grand en faveur du ressenti, plus les joueurs se sentent fatigués.

Monotony

En complément des calculs de charge, nous calculons aussi la monotony sur une période donnée d’entrainement ; chez nous, les joueurs s’entrainent du lundi au jeudi, soit 4 jours.

La monotony est le calcul des écarts types de la charge de chaque séance de la semaine par rapport à la moyenne des charges. Cette donnée est fortement corrélée au risque de blessure (Kreider, 1998); plus on sera dans des valeurs hautes de monotony, plus on augmentera le risque de blessure chez nos joueurs (au-delà d’une valeur critique d’environ 2,5). Il faut donc veiller à garder cette valeur dans des hauteurs raisonnables.

Contrainte (strain)

La contrainte, une autre donnée comprise dans la gestion de la charge, est le produit de la monotony et du total de la charge de la semaine. Cette donnée est fortement corrélée à la performance physique (Kreider, 1998) et donc, par extrapolation, à la performance sportive plus générale, plus les valeurs de contrainte seront hautes et plus la performance sportive risque d’être affectée.

Wellness (ou well-being)

Le wellness est un questionnaire que les joueurs remplissent tous les lundi afin de renseigner sur leur état de forme physique et mentale. Les réponses permettent au staff de savoir si le joueur se sent bien et s’il est dans les meilleures conditions pour s’entrainer. A partir de ces questionnaires, il arrive que l’on mette au repos des joueurs pour une séance, voire une journée. Ces données sont témoins de l’état de forme des joueurs et sont donc à mettre en relation avec les charges de travail.

Durée des séances

Le temps que passe un athlète à s’entrainer est un indicateur important. Evidemment plus la durée de séance sera haute et plus les charges vont grimper (RPE = indice de difficulté x temps de travail effectif). C’est donc un paramètre important à prendre en compte pour faire évoluer l’intensité des séances ou des cycles de travail. De plus, l’entrainement répétitif peut amener le joueur dans une certaine routine pouvant entrainer une certaine lassitude, il est donc intéressant de faire varier les temps de travail afin de garder une motivation totale de nos athlètes.

Impact sur l’organisation des journées, semaines et cycles

Par rapport au traitement de toutes ces données, on peut donc avoir une multitude d’informations sur la semaine ou le cycle de travail. D’un point de vue plus général on peut comparer ce qu’a encaissé le joueur et comment il l’a ressenti. Il nous sera donc possible de mieux organiser nos semaines ou cycles en termes de charge, répartition de charge, intensité requise pendant les séances ou encore contenus d’entrainement ; tout cela dans un but d’optimisation de la performance (qualité pendant les séances, performance en compétition).

Pour obtenir une semaine avec tous les paramètres optimisés, une intensité optimale et donc une performance maximale lors de nos séances, il faudra effectuer des séances assez courtes dans le but de contrôler la charge et de mieux les répartir dans la semaine (contrôle de la monotony). En d’autres termes, pour une même charge hebdomadaire, il vaut mieux faire plusieurs séances. Bien sûr, il faudra ajuster avec l’état de fraîcheur des joueurs sur le moment. Ces indices subjectifs vont de pair avec des indices plus objectifs comme la baisse de la vigilance, la baisse de la concentration ou l’augmentation du taux de cortisol qui entraînent une baisse de la performance. Des séances courtes auront pour effet de pouvoir demander plus de rythme et d’intensité à nos athlètes, la monotony restera raisonnable (baisse du risque de blessure) et donc la contrainte sera optimisée (augmentation de la performance physique).

Cas concret du Pôle France de Rugby à XIII

Avec ces méthodes de gestion nous sommes arrivés à contrôler le risque de blessure (seulement une blessure musculaire sur une saison), mettre du rythme dans les séances (et donc augmenter la qualité de l’entrainement), et garder la motivation des joueurs, car il ne faut pas oublier que la gestion de la fatigue doit être mise en relation avec la gestion psychologique des joueurs dans le but de conserver leur forme et d’augmenter leur performance.

Maxence Rivière pour FM Strength – avril 2014

En savoir plus sur l’auteur :

Maxence est un préparateur physique diplômé de l’UFR STAPS de Toulouse (Master Entraînement Sportif) et de la Fédération Française de Rugby à XIII (B.E.E.S.). Il est actuellement préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII à Toulouse (CREPS Lespinet), de l’équipe de France U18, et de l’équipe du R.C. Lescure-Arthès (Elite 2 de Rugby à XIII), après avoir travaillé pour le centre de formation du Toulouse Olympique XIII et effectué son stage de fin d’études chez les Dragons Catalans (Super League) sous la houlette de Trent Robinson et Keegan Smith.

Max

Une journée avec le pôle France de Rugby à XIII

C’est avec grand plaisir que je me suis rendu au CREPS de Toulouse le mercredi 19 mars 2014 pour une journée d’échanges sur le thème de la préparation physique avec le staff du Pôle France de Rugby à XIII. L’entraîneur Olivier Janzac et les préparateurs physiques Maxence Rivière et Loïc Carpène, m’ont réservé un excellent accueil. Loïc Louit, préparateur physique du FC Auch Gers (Rugby à XV, Pro D2) était aussi de la partie. Nous avons passé la matinée à échanger sur différents thèmes, notamment la quantification de la charge d’entraînement. L’après-midi j’ai pu partager mon expérience avec les 27 athlètes du pôle et assister à leur entraînement en salle de musculation et sur le terrain. En plus d’être très compétent, le staff travaille vraiment dans la même direction, et j’ai été impressionné par l’attitude professionnelle des jeunes athlètes.

En tant que préparateur physique de l’équipe de France, j’ai eu droit à une interview pour le site de la FFR XIII :

http://ffr13.fr/fred-marcerou-rend-visite-au-pole-france/

Olivier Janzac, Maxence Rivière, Fred Marcérou, Romain Maillot, Loïc Carpène
Olivier Janzac, Maxence Rivière, Fred Marcérou, Romain Maillot, Loïc Carpène

L’entraînement par Cluster

C’est avec grande joie que j’ai été sollicité le mois dernier par Olivier Bolliet pour co-écrire un article sur l’entraînement de la force. Cet article est paru aujourd’hui sur http://www.superphysique.org, premier site francophone sur l’entraînement en musculation. Il présente la méthode Cluster et contient des exemples d’utilisation de ce protocole dans la préparation physique du joueur de Rugby à XIII. Je vous laisse le découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

L’entraînement par Cluster

par Olivier Bolliet et Frédéric Marcérou

Damien Cardace - Demi squat des supports

Vidéo d’Andrew Bentley, joueur international français de Rugby à XIII, exécutant un développé couché en Cluster lors de sa préparation à la Coupe du Monde : ici

Fred Marcérou – 15/11/2013

L’heure du bilan : saison 2012-2013

Les phases finales terminées, l’heure est au bilan pour cette saison 2012/2013. Les équipes de jeunes avec lesquelles j’ai eu la chance d’intervenir ont rapporté 2 titres de Champion de France, 1 Coupe de France et 4 joueurs ont été internationaux. Au total : 52 victoires pour 65 matches joués (80%). Concernant la préparation physique personnalisée, deux des athlètes que j’ai préparé individuellement ont joué la finale de la Coupe de France de Rugby à XIII.

Pôle Formation des Dragons Catalans

Pôle formation

Rôle : Préparateur physique

Effectif : 15 joueurs issus des équipes U16 du XIII Catalan (12 joueurs) et de Saint-Estève (3 joueurs)

Bilan :

– 1 titre de Champion de France (XIII Catalan)

– 1 titre de Champion de la ligue Languedoc-Roussillon (XIII Catalan)

– 1 demi-finale de Coupe de France (XIII Catalan)

– 7 joueurs Champions de France inter-ligues avec la sélection du Languedoc-Roussillon

– 10 joueurs dans les 40 pré-sélectionnés de l’équipe de France U16

– 4 internationaux U16

– XIII Catalan : 29 matches – 22 victoires – 7 défaites

xiXIII Catalan cadets

Equipes U19 de Saint-Estève-XIII Catalan

(Juniors Elite et Juniors nationaux)

Juniors UTC

Rôle : Responsable de la préparation physique

Effectif : environ 45 joueurs

Bilan :

– 1 titre de Champion de France Juniors Elite

– Vainqueur de la Coupe de France Juniors

– Juniors Elite : 24 matches – 22 victoires – 2 défaites

– Juniors nationaux : 12 matches – 8 victoires – 4 défaites

Juniors championnat

Dragons Catalans

Dragons Catalans

Rôle : Responsable de la réathlétisation des joueurs blessés

Effectif : de 30 à 32 joueurs

Bilan après 18 journées :

– 4e place en Super League

– Qualifiés pour les 1/4 de finale de la Cup

– 20 matches : 12 victoires – 2 nuls – 6 défaites

Préparation physique personnalisée

Alex Doutres

Nicolas Munoz et Alexandre Doutres qui m’ont fait confiance pendant leur inter-saison ont tous les deux été finalistes de la Coupe de France de Rugby à XIII avec leur club Limoux XIII (défaite face à Avignon 38-37 malgré un trois essais d’Alex en finale)

Donato Segovia finaliste du Championnat de France DN2 de Rugby à XIII avec l’U.S. Ferrals

Simon Grandjean, deux feuilles de match en Pro D2 avec l’US Carcassonne XV

Fred Marcérou – 17/06/2013

Les Dragons de demain

La majeure partie de mon travail au sein des Dragons Catalans se situe avec les 30 joueurs qui composent le squad professionnel. Je partage ce travail avec Adam Trypas, chef de la performance arrivé lors de l’intersaison en provenance des Newcastle Knights (NRL, Australie), et Luke Swain, préparateur physique arrivé comme moi l’été dernier en provenance de l’A.S. Carcassonne avec une expérience de joueur de haut niveau (Penrith Panthers et Gold Coast Titans en NRL, Salford Reds en Super League). Je suis très satisfait de la répartition des tâches car elle me permet d’intervenir dans tous les domaines avec en priorité  la réathlétisation et la nutrition.

La deuxième partie de mon travail se situe avec les jeunes joueurs en tant que responsable de la préparation physique du Pôle formation. Au nombre de 14 et âgés de 14 à 16 ans, ces garçons évoluent dans leurs clubs respectifs toute la saison mais bénéficient de 3 créneaux d’entrainement en commun pour développer leurs qualités physiques et techniques. Ils intègrent l’équipe d’Ambition Dragons, sélection des meilleurs joueurs catalans, lors de rencontres ponctuelles contre des équipes étrangères.

Planning hebdomadaire

Lundi : musculation (1h)

Mardi : off

Mercredi  : lutte (30′ avec Luke Swain) – musculation (1h) – entrainement avec le club

Jeudi : musculation + vitesse (1h) – skills (30′ avec Steve Deakin ou Bruno Castany)

Vendredi : entrainement avec le club

Samedi ou dimanche : match

Le groupe

Charly Bey (E.S.R. Saint-Estève XIII)  – Né en 1996 – 176cm – 92kg – Pilier

Maxime Bouzair (XIII Catalan) – Né en 1996 – 178cm – 85kg – Centre / 3e ligne

Bruno Castany (XIII Catalan) – Né en 1996 – 185cm – 72kg – Demi d’ouverture / Arrière

Mathieu Galup (XIII Catalan) – Né en 1996 – 171cm – 64kg – Centre / Ailier

Maxime Garcia (XIII Catalan) – Né en 1998 – 184cm – 91kg – Pilier / 2e ligne / 3e ligne

Anthony Guerrero (XIII Catalan) – Né en 1996 – 167cm – 91kg – Pilier / 2e ligne

Julien Martinez (XIII Catalan) – Né en 1996 – 170cm – 84kg – Pilier

Bruno Mas (XIII Catalan) – Né en 1996 – 182cm – 100kg – Pilier

Jonathan Mas (XIII Catalan) – Né en 1996 – 173cm – 64kg – Talonneur / Centre

Duncan Miquel (XIII Catalan) – Né en 1996 – 172cm – 69kg – Demi de mêlée

Sébastien Nietche (XIII Catalan) – Né en 1996 – 189cm – 91kg – Centre / 2e ligne

Guillaume Poudade (XIII Catalan) – Né en 1996 – 175cm – 72kg – Centre / Ailier

Olivier Ruiz (XIII Catalan) – Né en 1996 – 185cm – 85kg – 2e ligne

Samir Tlemçani (E.S.R. Saint-Estève XIII) – Né en 1996 – 178cm – 73kg – Centre

Les objectifs de mes interventions

1/ Apprentissage technique des mouvements de musculation avec un fort volume sur les exercices de base poly-articulaires (squats, tirages, développés)

2/ Apprentissage des mouvements techniques et semi-techniques d’haltérophilie (arraché, épaulé, jeté et les mouvements qui en découlent)

3/ Mise en place de protocoles de prévention des blessures via une intégration cyclique variée (proprioception, exercices visant au rééquilibrage structurel, gainage statique, dynamique et fonctionnel…)

4/ Travail de vitesse avec comme objectif principal les changements de direction à travers l’amélioration de l’attitude (placement, coordination, deception) et du transfert de force (travail de pied, gainage, haltérophilie…)

5/ Mise en place de protocoles visant à améliorer la mobilité (foam roll, baseball roll, stick roll, étirements)

6/ Interventions visant à l’explication des protocoles d’entraînement (biomécanique de base, savoir lire un programme d’entraînement, comprendre pourquoi on travaille d’une certaine façon…)

7/ Réunions avec les parents visant à renseigner/améliorer/faire le point sur la nutrition, la récupération et le style de vie

Explication haltéroIntroduction à l’haltérophilie : pourquoi l’utilise-t-on en préparation physique et quels résultats peut-on en espérer ?

Court, moyen et long terme

En leur donnant de solides bases physiques et technico-tactiques dès la catégorie cadets, nous espérons que ces joueurs pourront à court terme faire partie des meilleurs juniors français afin d’intégrer à moyen terme l’équipe senior de l’entente Saint-Estève-XIII Catalan, véritable antichambre des Dragons, qui évolue en Elite 1 française. L’objectif majeur à long terme étant bien sûr d’amener un maximum de ces joueurs au niveau professionnel comme l’a fait avant eux Eloi Pélissier, pur produit de la formation catalane, et aujourd’hui joueur à part entière de Super League à tout juste 21 ans.

Fred Marcérou – 29/12/2012

Les interférences entre les entraînements

Aujourd’hui, Maxence Rivière, préparateur physique spécialisé dans le Rugby à XIII, nous propose de résumer l’ensemble des qualités physiques sous deux « bannières » : la Force et l’Endurance, et par la même occasion de nous renseigner sur les interférences qui peuvent avoir lieu lors d’un entraînement « simultané » de ces deux qualités physiques.

Les Interférences Entre Les Entraînements

par Maxence Rivière

Partie incontournable de l’entraînement sportif, la préparation physique a pour but principal de développer les qualités physiques des athlètes à partir d’un travail sur les différentes filières énergétiques. Suivant la discipline pratiquée, certaines qualités physiques prédominent sur d’autres, mais dans la grande majorité des cas on va chercher à développer la force et l’endurance.

La littérature scientifique nous montre par exemple qu’un travail de musculation pour des fondeurs améliore l’économie de course et le rendement musculaire. On voit donc que même dans des sports où l’endurance est prédominante, le développement de la force par un travail de musculation devient un vecteur de performance. Dans le même registre, l’exemple des sports collectifs où les actions explosives sont déterminantes, nous montre qu’il faut être fort et rapide et qu’il est nécessaire de conserver ces qualités tout au long d’un match. De fait, l’endurance devient aussi un vecteur de performance.

Si l’on résume l’ensemble des qualités physiques sous deux termes, la force et l’endurance, on voit donc que ces deux qualités physiques s’entremêlent et que dans n’importe quel sport, il devient important de les développer simultanément.

La force et l’endurance sont deux types d’efforts antagonistes : La force se développe avec des efforts courts et intenses afin de générer des adaptations nerveuses et musculaires. L’endurance se développe à partir d’efforts longs à intensité sous-maximale, ayant pour but la création d’adaptations cardiovasculaires et respiratoires.

Plusieurs études nous montrent des interférences au niveau du travail des ces qualités. En effet, le travail d’endurance altèrerait la puissance musculaire (Henessy, 1994), et l’explosivité (Dudley, 1985).

Pourquoi le travail d’une de ces qualités altère les résultats de l’autre ?

  • Entrainement de la force :

L’entraînement en musculation va jouer un rôle sur nos cellules musculaires. A l’intérieur de celles-ci se trouvent des ribosomes (composés protéiques) qui ont pour fonction de synthétiser les protéines.

L’entraînement va induire une action sur mTOR, une enzyme jouant un rôle dans le développement cellulaire et la synthèse protéique. De fait, l’entrainement de la force va stimuler notre synthèse protéique, celle-ci étant responsable du développement musculaire. Cette synthèse protéique, qui peut être aussi stimulée par la prise d’acides aminés, va avoir un effet sur P7056kinase, une protéine responsable de la prise de masse musculaire et du développement de la force. Ainsi, l’entrainement de la force en musculation, par le biais d’actions diverses des protéines et des enzymes, va stimuler notre synthèse protéique qui va activer notre prise de masse.

  • Entrainement de l’endurance :

L’entrainement de l’endurance a un rôle sur notre système cardiovasculaire et respiratoire. Au niveau de nos cellules, il augmente la fonction mitochondriale. Ces entraînements vont stimuler la biogenèse mitochondriale par l’intermédiaire d’une protéine, PGC1α.

Au cours de l’effort physique, la dégradation de l’ATP va provoquer la création d’une autre enzyme, l’AMPK (adénosine mono phosphate kinase). Cette enzyme est activée si l’intensité des exercices est suffisamment élevée (75%de VO2max). L’entraînement en endurance va donc activer l’enzyme AMPK lors d’un exercice à intensité supérieure à 75% de VO2max, qui va à son tour stimuler la protéine PGC1α qui va, elle, participer à la création de fibres « lentes » de type I (augmentation de la myoglobine). Cette protéine va activer la biogenèse mitochondriale, qui va induire un meilleur transport de l’ATP. Cela se traduit par des progrès au niveau de notre endurance.

  • Relations entre les deux qualités :

Les séances de musculation et les séances d’endurance, quelles qu’elles soient, vont avoir un effet stimulant sur leur structure ; la musculation sur le ribosome et le travail d’endurance sur la mitochondrie.

Cependant, on peut identifier un problème lors du travail de ces deux qualités. En effet, la stimulation d’AMPK (enzyme de l’endurance) fait baisser la stimulation de la protéine P7056kinase. En d’autres termes, AMPK inhibe mTOR (enzyme de la force). On remarque donc qu’il y a des interférences entre le travail d’endurance et le travail de force en ce sens que le travail de l’endurance va diminuer voire inhiber les effets du travail de force.

Nous sommes donc confrontés aux problèmes de savoir comment développer ces deux qualités simultanément, et comment organiser nos séances d’entraînement dans la journée ou dans la semaine pour avoir un effet optimal, sachant que le travail technico-tactique peut, suivant le contexte, s’apparenter à un travail d’endurance.

Les recherches nous montrent que le niveau d’activation d’AMPK revient à un état basal 3 heures après l’entraînement. Cette donnée va pouvoir orienter nos réflexions par rapport à la mise en place de l’organisation de nos séances.

Stratégies d’organisation des entraînements

Au niveau de la programmation de nos journées, on peut donc avoir plusieurs solutions :

1/ Programmer les séances de musculation ou d’endurance sans que les deux ne soient présentes dans la même journée d’entraînement. Cette solution peut poser problème dans certains contextes car elle demande d’avoir beaucoup de temps disponible.

2/ Attendre au moins 3 heures entre la séance d’endurance et la séance de musculation pour qu’AMPK revienne à un état basal afin qu’elle n’inhibe pas la stimulation de mTOR. Dans l’autre sens il faut aussi attendre au moins 3 heures, car l’addition des deux exercices va stimuler AMPK pendant la synthèse protéique et donc minimiser l’effet de cette dernière.

3/ Moduler les séances de terrain pour qu’elles ne présentent pas une intensité trop élevée dans le but de ne pas stimuler AMPK.

4/ Adopter des méthodes d’entraînement permettant une certaine association du travail de ces deux qualités physiques. En effet, on remarque que lors d’un travail d’endurance type « Giballa, course à haute intensité », la stimulation d’AMPK ne se fait que lors du 4ème exercice. De fait, on peut moduler nos blocs de travail afin d’avoir un effet optimal de notre entrainement.

La combinaison de ces deux qualités physiques est problématique en vue de l’optimisation de la performance. Cependant, on voit qu’il existe des moyens de combiner les deux afin de développer ces deux qualités dans le but d’augmenter au mieux les performances.

« Il ne suffit plus de s’entraîner dur, il faut s’entraîner intelligemment »

Maxence Rivière pour FM Strength – 26/12/2102

Bibliographie

Francaux M.- Colloque 2010, Université de Louvain

Deldique L.- Colloque 2010, Université de Louvain

Henessy, Liam C. ; Watson, Anthony W.S.- The interference effects of training for strength and endurance simultaneously. The Journal of Strength and Conditioning Research, 1994

Dudley G.A., Djamil R.- Incompatibility of endurance- and strength-training modes of exercise. Journal of Applied Physiology, 1985

Poliquin C.- http://www.charlespoliquin.com

Thompson and al – Journal of Applied Physiology, 2008

Gibala and al-  Journal of Applied Physiology, 2009

En savoir plus sur l’auteur :

Maxence est un préparateur physique diplômé de l’UFR STAPS de Toulouse (Master Entraînement Sportif) et de la Fédération Française de Rugby à XIII (B.E.E.S.). Il est actuellement préparateur physique du Pôle France de Rugby à XIII à Toulouse (CREPS Lespinet) et de l’équipe du R.C. Lescure-Arthès (Elite 1 de Rugby à XIII), après avoir travaillé pour le centre de formation du Toulouse Olympique XIII et effectué son stage de fin d’études chez les Dragons Catalans (Super League) sous la houlette de Trent Robinson et Keegan Smith.

Max